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29-Oct-2018

Pourquoi mécaniser l'agriculture africaine est un impératif

Dans son dernier rapport (« Mechanized – Transforming Africa-‘s Agriculture Value Chains »), le Panel Malabo Montpellier se penche sur la nécessité de mécaniser l’agriculture africaine, vue comme un moyen d’augmenter la productivité du secteur et de rendre l’emploi agricole plus attrayant. Composé d’experts de l’agriculture et de la sécurité alimentaire venant d’Afrique, d’Asie et d’Europe, les membres du panel formulent des propositions de politiques publiques en faveur de la sécurité alimentaire et d’une meilleure nutrition en Afrique.

À ce jour, le système agricole africain reste le moins mécanisé du monde. Selon le rapport, « les agriculteurs africains disposent de dix fois moins d’outils mécanisés par exploitation que les agriculteurs d’autres régions en développement ». L’Afrique représente également 36% des pertes et gaspillages alimentaires dans le monde, soit la part la plus importante au niveau mondial. L’absence de structures de stockage appropriées, notamment avec des systèmes de refroidissement, demeure un problème majeur pour la conservation des denrées alimentaires.

Les experts du Panel Malabo Montpellier ont donc choisi d’étudier sept pays - l'Éthiopie, le Mali, le Malawi, le Maroc, le Rwanda, la Tanzanie et la Zambie - où des politiques publiques et des institutions ont été mis en place pour soutenir la mécanisation de l’agriculture. Par exemple, l’Institut national de la recherche agronomique au Maroc a créé un département dédié à l’agronomie et aux machines agricoles tandis que la Tanzanie avait inauguré dès 1981 le Centre pour la mécanisation agricole et la technologie rurale (CAMARTEC). Le Mali s’appuie sur une stratégie nationale pour la mécanisation agricole pour orienter ses politiques publiques, pendant qu’en Éthiopie, les partenariats publics-privés (PPP) permettent au secteur privé de s’impliquer également dans la course à la mécanisation.

Le Panel Malabo Montpellier formule donc sept recommandations à l’issue de ce rapport, allant du développement d’une industrie africaine de machines agricoles à travers des PPP à l’inclusion des stratégies nationales d’investissement en matière de mécanisation agricole dans les plans nationaux de développement agricole, en passant par la priorisation de la mécanisation sur l’ensemble de la chaîne de valeur agricole. Sur ce dernier point, les experts sont clairs : la mécanisation doit être présente tout le long de la chaîne de valeur pour gagner en productivité.

Surtout, alors que la main d’œuvre agricole africaine est vieillissante, la mécanisation de l’agriculture peut la rendre plus lucrative et souligner le côté technologique du secteur, la rendant plus attractif auprès des jeunes. De plus en plus de startups émergent par ailleurs dans l’agriculture – ce qu’on appelle l’agritech – illustrant cette nouvelle dynamique technologique d’un secteur agricole encore trop souvent dépeint comme archaïque. 

10-Sep-2018

La volonté politique est indispensable à la révolution agricole africaine

Du 5 au 8 septembre se tenait l’African Green Revolution Forum 2018, avec pour thème « Lead. Mesure. Grow – enabling new pathways to turn smallholders into sustainable agribusiness ». Depuis plusieurs années, l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) attire en effet l'attention sur le sort des petits agriculteurs, qui représentent la très grande majorité du paysage rural africain. En effet, près de 80% des exploitations agricoles du continent font moins de deux hectares. Tout l’enjeu est donc de créer les conditions économiques et les bases d’une croissance durable avec un écosystème agricole intégrant ces petits producteurs dans la chaine de valeur.

Dans son rapport 2018 (« Catalyzing Governement Capacity to Drive Agricultural Transformation »), l’AGRA estime qu’au-delà des semences, de la météo et des sols, la clé pour une révolution agricole en Afrique est avant tout une question de volonté politique. Pour l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, auteur de l’introduction de l’édition 2018, ce rapport est un véritable « manuel » à destination des gouvernements africains pour mettre en place la transformation agricole dont le continent a besoin.

Pour l’AGRA, l’histoire a montré que l’agriculture est à la fondation de toute transformation économique majeure. Les révolutions agricoles ont précédé les révolutions industrielles et ont ainsi mené le développement en Europe, aux Amériques et en Asie. Si différents facteurs sont à prendre en compte dans cette course au développement (progrès technique, renforcement des compétences, gains de productivité...), l’AGRA constate qu’à chaque fois, le facteur déterminant reste la volonté politique.

Les gouvernements africains devraient donc placer la transformation de leur agriculture au cœur de leur priorité. L’AGRA énumère donc une liste de sept recommandations pour les gouvernements africains afin d’exploiter le potentiel agricole africain :

  • Faire connaître le potentiel agricole et exprimer une vision stratégique de son développement

  • Concevoir l’agriculture comme une politique publique de long-terme
  • Améliorer les synergies entre politiques agricoles et investissements privés
  • Développer un climat des affaires favorable au secteur agricole
  • Créer des agences indépendantes pour superviser et soutenir le développement agricole
  • Inscrire les problématiques agricoles dans les défis plus larges du continent africain
  • Rendre les gouvernements responsables politiquement sur leur engagement agricole

L’Afrique fait face à un défi démographique sans précédent dans l’histoire de l’humanité et le secteur agricole offre de nombreuses opportunités professionnelles compte tenu de son potentiel encore trop peu exploité. Alors que la main d’œuvre agricole est vieillissante, notre rôle est de convaincre nos jeunes que l’avenir de l’Afrique ne se joue pas qu’en villes mais également dans nos campagnes. Et pour cela, l’agriculture doit être la priorité des politiques publiques africaines.    

13-Jun-2018

Pourquoi l’agriculture urbaine est une opportunité pour les villes africaines

Aujourd’hui, plus de la moitié de la population mondiale est concentrée dans les centres urbains. En Afrique, ce phénomène d’urbanisation est encore plus perceptible avec le boom démographique que connait le continent. En 2017, la Banque mondiale estimait que la population urbaine africaine s’élevait à 472 millions d’habitants, mais qu’elle devrait doubler au cours des 25 prochaines années, atteignant le milliard d’ici 2040. A court terme, la Banque mondiale estime que les villes africaines recevront 187 millions d’habitants supplémentaires, soit l’équivalent de la population du Nigeria.

Cette croissance démographique accompagnée d’un rapide mouvement d’urbanisation pose des défis majeurs en termes de développement économique et de sécurité alimentaire. Régulièrement frappée par des crises agricoles et alimentaires, la transformation et la modernisation du secteur agricole est un impératif pour réussir à bâtir une croissance inclusive et durable pour le continent. Or le développement de l’agriculture urbaine est un élément clé de développement de l’agriculture africaine.

Défini comme « une variété d’activités agricoles et pastorales pouvant prendre place dans les limites ou en périphérie des agglomérations urbaines », l’agriculture urbaine est un secteur à fort potentiel pour le continent africain. Très souvent, l’agriculture urbaine en Afrique reste une activité informelle sur laquelle les chiffres et les données à disposition sont faibles.

Ce qui est sur néanmoins, c’est que l’agriculture urbaine présente des avantages écologiques en réduisant les déchets urbains, en améliorant la biodiversité urbaine et la qualité de l'air, et en réduisant globalement l'impact environnemental lié au transport et au stockage des aliments. Sans compter qu’elle contribue à réduire l’insécurité alimentaire dans les villes.

Récemment, le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) organisait un séminaire au secrétariat des ACP à Bruxelles sur le thème de « Cultiver dans les villes : expériences réussies et opportunités ». Les échanges ont permis de faire ressortir que de nombreuses politiques d'agriculture urbaine se concentrent encore principalement sur la production alimentaire urbaine et périurbaine pour des raisons de sécurité alimentaire, alors que l'agriculture urbaine commerciale, l'agro-transformation et les activités à valeur ajoutée ne sont souvent pas bien prises en compte par ces mêmes politiques. Les politiques urbaines doivent ainsi reconnaître le rôle de l'agriculture urbaine et périurbaine dans le développement urbain, assurer l'approvisionnement alimentaire urbain à travers ces productions agricoles et renforcer les moyens de subsistance des producteurs urbains pauvres. Cela comprend le retrait des obstacles administratifs au développement du secteur et la mise en place d’incitations à l'agriculture urbaine et périurbaine (UPA), ainsi que l'amélioration de l'environnement naturel et de la gestion des ressources dans les zones urbaines et périurbaines.

12-Jun-2018

La révolution verte 2.0, une chance pour l’Afrique ?

L’Afrique dépense chaque année 35 milliards de dollars en importations de denrées alimentaires. Ce chiffre devrait augmenter jusqu’à 110 milliards en 2025. Et pourtant, l’Afrique possède 65% des terres arables disponibles du monde. Il existe là un paradoxe dont souffrent les économies du continent, dépendantes de l’extérieur alors qu’elles ont le potentiel de nourrir le monde et d’être auto-suffisantes. S’il y a déficit, il ne se trouve pas du côté des ressources, mais de leur mobilisation effective.
Et si la clé de ce paradoxe se trouvait dans la modernisation des techniques agricoles connues sous le nom de révolution verte 2.0 ? Si la première révolution verte concernait la mécanisation, les engrais et la sélection de variétés adaptées à la production extensive, la nouvelle révolution en cours profite des avancées du numérique et de la génomique moderne pour allier productivité, durabilité, et qualité nutritive.
Pour comprendre pleinement les possibilités offertes par cet ensemble de techniques, il faut envisager cette révolution verte dans son sens le plus large. Le génie génétique est une piste permettant de produire des semences résistantes à la sécheresse, aux inondations, aux parasites. Il permet également de créer des semences plus riches en nutriments pour les populations souffrant de récoltes peu abondantes. Mais d’autres techniques ont plutôt pour enjeu d’organiser l’agriculture d’une manière durable, laissant de côté les aspects de génie génétique au profit de dispositifs de régulation de l’irrigation, du remplacement des insecticides, de gestion des rendements par le numérique.
Le volet génétique de la révolution verte 2.0 fait l’objet de controverses, concernant notamment les buts finaux et l’encadrement des dérives possibles – privatisation du vivant, semences stériles, toxicité éventuelle de certains OGM. Certaines associations et ONG vont jusqu’à remettre en question la pertinence des révolutions vertes, arguant que celle mise en œuvre en Inde dans les années 60 a eu principalement des effets pervers de spécialisation et de baisse de qualité des monocultures. Toutefois, cette modernisation de l’agriculture a permis de faire face à une démographie exponentielle, enjeu crucial de notre époque, particulièrement pour le continent africain. Aujourd’hui, c’est également celui de la qualité qui prime, et les techniques disponibles permettent par exemple de créer des semences produisant des vitamines pour les populations carencées, résistant à des parasites dévastant habituellement les cultures, survivant à des conditions climatiques extrêmes et que le changement climatique va multiplier dans l’avenir.
Les techniques d’organisation basées sur les outils numériques représentent, quant à elles, un champ encore plus vaste d’applications. Elles concernent aussi bien la gestion des intrants, que la location partagée de matériel agricole, d’anticipation des risques, d’optimisation des rendements, de gestion de la consommation énergétique, si importants pour fonder une agriculture durable.
Tous ces outils dessinent une agriculture alliant rendements et qualité, intensivité et durabilité. En Afrique, les effets bénéfiques attendus sont à la mesure de la demande massive d’un continent destiné à jouer un rôle croissant dans l’agriculture mondiale. Pour en développer les possibilités, le secteur privé jouera un rôle clé pour les investissements et la mise en œuvre de l’ensemble de ces nouveaux dispositifs destinés à assurer la sécurité alimentaire et bâtir des agricultures exportatrices diversifiées et performantes.


19-Apr-2018

L'agriculture, une opportunité pour la jeunesse africaine

L’avenir de la jeunesse est au cœur des débats de tous les pays africains. Aujourd’hui, 65% de la population d’Afrique subsaharienne a entre 15 et 35 ans. Cette démographie galopante inquiète de nombreux experts, qui parle alors de « bombe à retardement ». En effet, cette jeunesse fait souvent déjà face aux affres du chômage et de la précarité alors que la Banque africaine de développement estime que 12 millions d’emplois doivent être créés chaque année d’ici 2035 pour absorber les nouvelles générations d’Africains arrivant sur le marché du travail.

Lors d’une conférence régionale de la FAO pour l’Afrique à Khartoum fin février, les sessions ont essentiellement portées sur l’emploi des jeunes dans les secteurs agricoles et ruraux en Afrique. Car cette « bombe à retardement » peut devenir une « manne démographique » si les investissements sont judicieusement réalisés. La jeunesse de l’Afrique peut être un formidable moteur pour une croissance inclusive et forte et la réduction de la pauvreté. Mais aujourd’hui, plus de 70 pour cent des jeunes Africains disposent de 2 dollars par jour ou moins. Les jeunes ruraux sont particulièrement vulnérables et vivent plus souvent dans la pauvreté.

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C’est pourquoi la transformation de l’agriculture, dont une grande partie de la population africaine (près de 62%) est encore fortement dépendant pour les revenus et les emplois qu’elle créée, est la clé de l'accélération de la croissance, de la diversification et de la création d'emplois. Trop souvent perçue comme un moyen de subsistance et de lutte contre la pauvreté, l’agriculture recèle en réalité un formidable potentiel en matière d’investissements. D’autant plus que l’Afrique possède 65% des terres arables non cultivées dans le monde.

Alors que les agriculteurs ont en moyenne 65 ans en Afrique subsaharienne, il est temps que la jeunesse prenne la relève en zones rurales de ces agriculteurs, et impulse son dynamisme pour mener la modernisation et la transformation de l’agriculture du continent. C’est ainsi que l’Afrique deviendra une puissance agricole mondiale, pouvant aussi bien nourrir les siens que les habitants des autres continents.

10-Apr-2018

Crise du lait en Europe, conséquences en Afrique ?

Depuis plusieurs années, l’Europe fait face à de régulières crises du lait, situation accentuée par la suppression des quotas laitiers. Dès novembre 2015, le ministre allemand de l’agriculture évoquait l’idée pour sortir de la crise du lait d’augmenter les ventes de produits laitiers allemands sur le marché mondial, notamment à destination de l’Afrique.

Beaucoup d’ONG s’étaient montrées critiques de cette décision, visant à transformer l’Afrique en « marché-poubelle » pour reprendre l’expression virulente de certains. Le risque est en effet de créer de véritables distorsions de marché, nuisant au développement des pays africains dont les filières ne sont pas suffisamment compétitives face à l’industrie européenne. De plus, la politique agricole commune (PAC), souvent dénoncée comme une forme de dumping par les pays tiers, peut avoir des dommages collatéraux sur les pays en développement.

Avec la fin des quotas laitiers et le surplus de la production européenne, le marché du lait fait face à une grande volatilité des prix. Résultat, le lait européen inonde l’Afrique sous la forme de poudre de lait, à des prix défiant toute concurrence. Selon une étude conjointe SOS Faim et Oxfam, les exportations de lait écrémé à destination de l’Afrique de l’Ouest ont été multiplié par trois depuis 2009. Entre 1996 et 2013, les importations ouest-africaines de lait sont passés de de 0,6 à 2,1 millions de tonnes équivalent lait.

Compte tenu de la croissance actuelle de la population en Afrique de l’Ouest, la production locale, même si elle est en augmentation, n’est pas suffisante pour répondre à la demande. C’est donc un savant équilibre entre importations européennes et développement local de la production laitière qu’il faut trouver. Comme l’explique Dani Rodrik, professeur d’économie à Harvard, c’est une forme de « protectionnisme intelligent » qu’il faut mettre en place. La plupart des acteurs locaux, dans les filières agricoles ou industrielles, ont des capacités limitées et un écosystème de production fragile (fournisseurs d’intrants, acteurs logistiques, moyens de financements…). C’est pourquoi certaines mesures de protection et d’accompagnement sont nécessaires, pour le lait comme pour d’autres filières. 

De l’autre côté de la Méditerranée, l’Union européenne doit adopter une approche globale et structurée de sa politique avec l’Afrique. Trop souvent, l’UE sépare les champs diplomatiques, économiques, sécuritaires et culturelles. Or, on ne peut pas vouloir lutter contre les migrations, vouloir favoriser le développement des pays africains et ne peut pas prendre en compte la fragilité de certaines filières locales face à la concurrence des produits européens. Pour un partenariat gagnant-gagnant entre l’Afrique et l’UE, la coopération commerciale doit s’allier d’une analyse de son impact sur le développement local. Sans cela, nous ne pourrons espérer faire de l’ensemble euro-africain un axe de prospérité commune. 

10-Apr-2018

Et si on regardait du côté de l'agriculture climato-intelligente ?

Selon la FAO, « l’'agriculture intelligente face au climat (AIC) est une approche qui permet de définir les mesures nécessaires pour transformer et réorienter les systèmes agricoles dans le but de soutenir efficacement le développement de l'agriculture et d'assurer la sécurité alimentaire face au changement climatique ». En Afrique, le programme phare est le « Climate Smart Agriculture » (CSA), visant à renforcer les capacités des acteurs de l'agriculture à tous les niveaux, en particulier les petits agriculteurs et les institutions face au changement climatique. Avec un objectif ambitieux de 25 millions d’agriculteurs africains pratiquant l’agriculture climato-intelligente d’ici 2025, l’Afrique n’a pas de temps à perdre, d’autant plus que notre continent est particulièrement exposé aux conséquences du changement climatique.

Selon le CIRAD, l’agriculture, la déforestation et les autres utilisations des terres sont responsables d’environ 25 % des émissions de gaz à effet de serre. Or la communauté internationale a mis du temps à intégrer l’agriculture comme un sujet prioritaire lié au changement climatique. Cela a changé depuis les dernières négociations des Nations Unies sur le climat à Bonn, pour la COP23, avec la décision des pays d’intégrer l’agriculture dans l’Accord de Paris. Cette évolution était nécessaire, car l’agriculture contribue de manière importante au changement climatique et peut donc avoir un rôle décisif dans l’atténuation des effets de ce dérèglement. 

L’AIC repose sur une approche basée sur trois piliers : 1) augmenter durablement la productivité agricole pour permettre d’améliorer équitablement les revenus, la sécurité alimentaire et le développement ; 2) adapter et renforcer la résilience au changement climatique à tous les niveaux, de la ferme à un pays entier ; et 3) trouver des solutions pour réduire les émissions de gaz à effets de serre du secteur agricole.

En Afrique, plusieurs initiatives ont déjà porté leurs fruits. La Banque mondiale en donne ainsi quelques exemples dans un rapport intitulé « L’agriculture climato-intelligente : succès en Afrique ». C’est le cas par exemple des villages climato-intelligents dans la vallée de Nyando au Kenya. Dans ces villages, les agriculteurs s’adonnent à l’agriculture climato-intelligente, en ayant notamment recours à des espèces et cultivars résistants au climat ainsi qu’aux services d’information climatique. Après avoir reçu une formation en agriculture climato-intelligente, les agriculteurs choisissent les techniques intelligentes qu’ils vont appliquer en associant les femmes et d’autres groupes (agriculteurs issus de collectivités différentes, les chercheurs en disciplines diverses, les organisations non gouvernementales). Autre exemple : en Éthiopie, une cartographie de la santé des sols a été mise en place afin de mieux connaitre l’extrême variabilité de ces sols. Une mauvaise information sur la fertilité du sol peut parfois conduire à l’application erronée d’engrais, ce qui nuira davantage à la santé et à la productivité du sol. Toutes ces initiatives illustrent la prise de conscience en Afrique de la nécessité de transformer l’agriculture, avec des solutions concrètes sur le terrain. C’est un combat de très long terme que notre continent entame, mais indispensable compte tenu des menaces que fait peser le changement climatique sur les générations futures.

28-Feb-2018

L’intégration des femmes au secteur agricole

Contrairement à certaines idées reçues, les femmes africaines font partie intégrante du secteur agricole africain. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les femmes représentent jusqu’à 52% des travailleurs du secteur et sont responsables d’environ 50% du travail dans les fermes de l’Afrique subsaharienne. Selon les estimations, elles produiraient même entre 60 et 80% de l’alimentation du continent.

Mais paradoxalement, le potentiel des femmes dans le secteur agricole reste sous-exploité. Comparé à leurs homologues masculins, les femmes ont un accès limité aux ressources productives, limitant ainsi leur contribution au développement socio-économique. Dans leur ouvrage intitulé « Transformer les relations de genres dans le secteur agricole en Afrique subsaharienne : des approches prometteuses », Marion S. Davis, Cathy Farnworth et Melinda Sundell affirment que la productivité des femmes est inférieure à celle des hommes parce qu’elles ont un accès limité à des ressources telles que la terre, le crédit et d’autres facteurs de production. Par exemple, la propriété foncière au Mali revient souvent aux hommes dans plus de 85% des cas. Et au-delà d’être un moyen de production, la terre est aussi une garantie pour accéder au crédit.


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Alors que l’Afrique fait face au défi de sa transformation agricole, les Etats africains ne peuvent plus continuer à négliger le rôle des femmes dans l’agriculture. Les gouvernements doivent adopter une approche de leur stratégie agricole fondée sur l’égalité des genres, l’inclusion, la durabilité et la bonne gouvernance. Pour Tacko Ndiaye, spécialiste des questions du genre, de l’égalité et du développement rural à la FAO, des pays comme le Rwanda et l’Ethiopie sont des exemples à suivre avec un « droit équitable » avec « un système d’enregistrement conjoint par lequel la terre est enregistrée au nom de la femme et du mari ». Il lui parait ainsi indispensable d’investir dans l’autonomisation des femmes dans l’agriculture si l’on veut réellement lutter contre la pauvreté en milieu rural.

Selon des calculs des Nations unies, si les femmes avaient le même accès aux ressources agricoles que les hommes sur le continent africain, les rendements des exploitations pourraient augmenter de 20 à 30%. Alors que l’agriculteur africain est finalement très souvent une agricultrice, il est temps que nous donnions les moyens nécessaires aux femmes de pouvoir pleinement participer à la transformation agricole de notre continent.

17-Feb-2018

Le monde du fruit se donnait rendez-vous à Fruit Logistica

Chaque année, Fruit Logistica est la grande messe internationale des fruits et des légumes, réunissant ainsi producteurs, industriels et associations. L’événement réunissait plus de 3 100 exposants venant de 84 pays différents, présents sur l’ensemble de la chaîne de valeur, sans compter les plus de 75 000 visiteurs. Parmi les exposants, on retrouvait donc les grands noms de l’industrie de la banane (Del Monte, Chiquita, Compagnie Fruitière…), plusieurs stands de pays africains mettant en avant les productions locales de chacun.

Pour Afruibana, ce salon était l’occasion de rencontrer les différents acteurs du secteur de la filière fruit, d’échanger sur la situation du marché de la banane et rencontrer d’autres associations européennes et africaines de producteurs pour échanger sur ses objectifs et ses actions pour la banane africaine. D’autant plus que l’année 2018 sera cruciale pour la banane après une année 2017 marquée déjà par une importante chute des prix malgré la dynamique de la consommation, notamment en Europe.

Lors du salon, nous avons eu l’occasion de croiser notamment Denis Loeillet, expert du marché de la banane auprès du CIRAD. La revue Fruitrop du laboratoire de recherche consacre justement ce mois-ci un important dossier sur la banane au titre évocateur : « La fête est finie ? ». Dans son édito, Denis Loeillet résume ainsi la situation : « La tempête économique annoncée il y a un an dans nos colonnes a donc eu lieu et pourrait se transformer en cyclone courant 2018. L’équation est d’une rare simplicité et ne comporte aucune inconnue : il y a trop de bananes sur le marché international et l’Union européenne est aux premières loges ».

Depuis 2012, le marché européen absorbe un million de bananes en plus, constituant donc aujourd’hui un marché de 6,3 millions de tonnes de bananes. Malgré cette dynamique, provenant essentiellement de l’Est de l’Europe, cela n’est pas suffisant pour absorber le surplus d’offre sur le marché de la banane. Beaucoup voient alors la contractualisation comme le meilleur moyen de limiter les dommages, sa généralisation démontrant que la plupart des acteurs voient la saturation du marché comme un phénomène s’inscrivant dans la durée.

Comme beaucoup de marchés de matières premières agricoles, la banane n’est pas à l’abri d’une catastrophe naturelle (aussi bien climatique que sanitaire) qui pourrait alors rééquilibrer l’offre et la demande. Néanmoins, malgré une réelle dynamique de la consommation, la hausse de la production reste pour le moment bien supérieure et un retournement du marché est difficilement envisageable à court ou moyen terme. C’est pourquoi l’Union européenne est attendue sur ce dossier en tant que régulateur, afin d’éviter que les producteurs africains et européens ne se retrouvent dans une situation de guerre des prix insoutenable face aux producteurs d’Amérique latine.
12-Feb-2018

L’agriculture au cœur de l’agenda des institutions panafricaines

Lors du lancement à Abidjan du rapport 2018 des Perspectives économiques en Afrique, le président de la Banque africaine de développement, Akinwuni Adesina, déclarait que « l'agriculture doit être à l'avant-garde de l'industrialisation de l'Afrique ». Récompensé du Prix mondial de l’alimentation 2017, Akinwuni Adesina a placé l’agriculture au cœur de ses priorités, notamment de par son objectif « Nourrir l’Afrique » mais aussi « Industrialiser Afrique » à travers ses High-Five pour l’Afrique.
La thématique principale du rapport portait sur les infrastructures, dont les besoins de l’Afrique sont évalués entre $170 et $230 milliards par an. Des investissements lourds, mais qui sont rentables et indispensables pour la croissance économique, ainsi que pour l’appui au développement de la chaîne de valeur agricole.  Alors que 70% de la population se situe en zone rurale, investir dans le secteur agricole est indispensable pour éviter que les campagnes africaines deviennent des zones de misère.
Plus récemment, au 30e sommet de l’Union africaine (UA), son nouveau président, le chef de l’Etat rwandais Paul Kagamé, a présenté son agenda agricole pour le continent. Plusieurs projets phares pour le secteur agricole ont donc été annoncés. Parmi eux, on trouve les « Africa Agriculture Transformation Scorecard » (AATS). Ces AATS permettront de se faire une idée plus précise de l’évolution du secteur agricole sur le continent africain, à l'aune de 43 indicateurs et 23 catégories de performance. Les données seront collectées par le travail conjugué du Département de l'Economie rurale et de l'agriculture de la Commission de l'UA, du Nepad ainsi que des communautés économiques régionales, en collaboration avec les partenaires au développement.
De plus, le Maroc a été récompensé lors de ce sommet par l’UA pour sa performance dans la mise en œuvre de la Déclaration de Malabo sur l’accélération de la croissance agricole en Afrique. Le « Plan Maroc Vert » a ainsi été cité comme un « modèle à suivre » pour les pays du continent, selon plusieurs dirigeants africains ayant pris part au sommet de l’UA. L’occasion pour le Maroc de bénéficier d’un éclairage positif alors que les négociations sur l’adhésion du royaume à la CEDEAO sont en cours.

01-Feb-2018

L’Afrique agricole doit être l’Afrique du numérique

Malgré des taux de croissance économique importants et des progrès remarquables dans bien des domaines, le continent africain fait encore face à de nombreux défis. C’est le cas notamment du secteur agricole, exposé au risque lié au changement climatique, l’insécurité foncière avec l’absence de cadastre, la difficile transition d’une agriculture de subsistance vers un modèle économique plus performant. Alors que l’Afrique recouvre près de 60% des terres arables encore disponibles dans le monde, l’insécurité alimentaire et la famine font encore partie du quotidien de trop de nos compatriotes.

Comme de nombreux secteurs, l’agriculture est frappée de plein de fouet par la révolution numérique. Thème d’actualité, l’édition 2017 du Forum sur la révolution verte en Afrique (AGRA) portait sur « Exploiter la révolution numérique pour une transformation agricole ». Intervenant sur l’un des panels, la vice-présidente du développement international de Mastercard, Salah Goss, résumait bien les enjeux pour l’agriculture d’investir le champ du numérique : « La technologie a fait beaucoup pour l'agriculture ces cinq dernières années (…) Elle s'attaque aux défis du changement climatique, de la déforestation et de la démographie croissante. Il est important que nous augmentions la production. Quand nous pensons technologie, c'est pour améliorer les conditions de vie des agriculteurs ».

Alors que la jeunesse africaine est massivement frappée par le chômage, rendre l’agriculture « cool » selon l’expression du président de la Banque africaine de développement est un impératif non seulement pour nourrir le continent mais aussi pour convaincre les jeunes que le secteur agricole recèle de nombreuses opportunités professionnelles. Démontrer l’importance du secteur numérique dans l’agriculture permettrait de rendre plus attractif auprès des jeunes, qui sont assurément la tranche de la population la mieux armée pour conduire la transformation digitale du continent.

Les outils numériques sont indispensables pour la compétitivité de l’agriculture africaine. Ils permettent ainsi de réaliser d’importants gains de temps, répertorier les données agricoles, réduire la pénibilité des tâches des agricultures. Pour Michael Hailu, directeur du Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA), « les innovations dans l'agriculture peuvent contribuer à renforcer la sécurité alimentaire, la résilience et la croissance économique inclusive, en particulier lorsque les jeunes participent à la conception de l'avenir du secteur grâce à l'utilisation des TIC ».

De nombreux projets fleurissent sur le continent mêlant numérique et agriculture : la plateforme Agritools contribue à donner une meilleure visibilité à ce phénomène en recensant ces initiatives liant innovation et agriculture, offrant une fenêtre sur les alternatives locales proposées par de jeunes entrepreneurs africains.

Parmi ces projets, on trouve par exemple Farm Fresh, entreprise sociale ayant mis en place une plateforme de commerce électronique, devenue le premier magasin d’alimentation en ligne et de livraison en Gambie. L’entreprise est spécialisée dans la vente de légumes frais cultivés localement, mais fournit également des fruits et des aliments transformés grâce à des partenariats noués avec les agriculteurs et les entreprises agroalimentaires du pays. Mais aussi iShamba, un service de messagerie développé au Kenya qui informe les agriculteurs en temps réel sur les possibles alertes météorologiques, les variations des prix du marché et permet de recevoir des conseils d’experts agronomes.

Lorsqu’on parle de l’Afrique digitale, c’est le sempiternel exemple du mobile-banking qui revient toujours. À nous désormais de faire connaître les incroyables opportunités qu’offre l’agriculture dans le domaine du numérique, pour attirer les investisseurs mais également nos jeunes à se tourner vers l’agriculture africaine. C’est ainsi que nous pourrons faire de la croissance agricole un pilier de la réussite économique et sociale du continent.

31-Dec-2017

L'enjeu de la réduction des pertes post-récolte en Afrique

L’enjeu n’est pas nouveau. En 2011, la FAO et la Banque mondiale tiraient déjà la sonnette d’alarme dans un rapport intitulé « Aliments perdus : le cas des pertes de grains post-récolte en Afrique subsaharienne ». Les institutions internationales estimaient alors à environ 4 milliards de dollars par an les pertes après-récolte en Afrique subsaharienne. Or, la sous-directrice générale de la FAO de l’époque considérait que ces « denrées alimentaires perdues pourraient combler les besoins minimums annuels d'au moins 48 millions de personnes ».

Lors de la 7e édition du Forum pour la révolution verte en Afrique (AGRF), la table ronde consacrée à la « Gestion après récoltes et assurance de la quantité et de la qualité et des normes pour le marché » nous montrait que le problème est toujours d’actualité. À l’échelle mondiale, les pertes post-récoles pourraient nourrir 2,5 milliards de personnes selon Mamadou Biteye, directeur général de la Fondation Rockefeller Afrique. Loin d’être donc un problème uniquement africain, l’Afrique fait face néanmoins à d’importantes pertes. Dans une étude récente, la Banque mondiale et la FAO concluaient que sur l’ensemble du continent, les pertes après récolte de graines, de céréales, de racines et de tubercules, de fruits et légumes, de viande, de lait et de poisson se chiffraient à 48 milliards de dollars par an.

Alors que de nombreux Africains souffrent encore de la faim et que l’Afrique importe chaque année pour près de 35 milliards de dollars de denrées alimentaires, s’attaquer aux pertes post-récolte doit être une priorité pour les gouvernements et les producteurs. Le défi est ardu tant les pertes alimentaires (et les gaspillages) s’étalent tout au long de la chaîne de valeur. Les pertes se déroulent aussi bien lors d’activités techniques (récolte, stockage, procédés alimentaires) que lors d’activités commerciales (transport, distribution).


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Un des points les plus importants est la question des stockages post-récolte, puisque les installations de stockage post-récolte ainsi que des méthodes de traitement inefficaces entraînent la perte de 30 à 40 % de chaque récolte. Et ce problème ne concerne pas uniquement les grandes entreprises de l’agroalimentaire, mais également les petits producteurs, pour qui les pertes post-récolte peuvent représenter jusqu’à 15% des revenus.

Là encore, l’innovation et les solutions techniques ont un rôle clé à jouer pour réduire ces pertes post-récoltes. Ainsi, un jeune entrepreneur togolais a récemment créé un kit numérique permettant de conserver les récoltes agricoles dans des conditions optimales. Le dispositif (appelé « Mèchoto » soit surveillant, en langue fon) permet de contrôler la température et l’humidité du lieu de stockage, grâce à plusieurs fonctions de conservation, tout cela pouvant être suivi depuis son smartphone. Voilà encore un autre exemple montrant à quel point les enjeux de la transformation agricole du continent africain sont liés aux évolutions technologiques et numériques du continent.

28-Dec-2017

À Port-au-Prince, la non-réponse de l’UE sur le mécanisme de stabilisation pour la banane

La 34ème session de l’Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE s’est tenu à Port-au-Prince à Haïti du 18 au 20 décembre 2017. Lors du sommet UA-UE, les enjeux agricoles avaient déjà été abordés, et à travers ceux-là, les questions relatives à la banane. L’objectif était alors surtout d’insister auprès des Européens sur l’importance de soutenir l’Afrique dans la transformation de son modèle agricole pour poser les bases d’une croissance inclusive et durable. Le rendez-vous de Port-au-Prince a été l’occasion d’élargir à l’ensemble des ACP et d’approfondir ces questions en abordant des aspects plus techniques, comme la question du maintien du mécanisme de stabilisation pour les bananes.

L’honorable Ben Abdallah Banda, député ghanéen, a ainsi interrogé M. Neven Mimica, commissaire pour la coopération internationale et le développement.

« Nous avons une question à propos du mécanisme de stabilisation des bananes.

Ce mécanisme permet aux exportateurs (issus des ACP) de bananes d’être protégés temporairement en cas de sur-approvisionnement du marché européen (par les producteurs latinos), au risque de faire chuter dangereusement les prix. Ces chutes des prix affectent particulièrement les producteurs des pays ACP, qui dépendent significativement du marché européen pour leurs exportations.

Mais même dans des circonstances où la chute des prix était nette, le mécanisme de stabilisation n’a jamais été déclenché par l’Union Européenne.

Nous aimerions tout d’abord savoir pourquoi ce mécanisme n’a jamais été activé. Et nous aimerions également être rassuré sur le fait que malgré tout, ce mécanisme sera préservé afin de protéger les économies ACP dont certains secteurs à l’export sont fragiles du fait de leur dépendance au marché européen.

Je vous remercie »

Face à ses interrogations, le commissaire Mimica est resté assez évasif. S’il a insisté sur le fait que l’Union européenne a toujours pris en compte la fragilité de certains secteurs à l’exportation des pays ACP, il n’a pu exprimer une position claire de la commission européenne sur ce sujet dans un futur proche. Le commissaire européen pour la coopération internationale et le développement s’est contenté d’expliquer que des discussions étaient en cours entre la Commission et les pays ACP sur ce mécanisme d’absorption des chocs, afin de définir l’ensemble des modalités et des critères pour recourir à ce mécanisme en fonction des circonstances.

Ce mécanisme de stabilisation est indispensable pour les producteurs et exportateurs de fruits que représente Afruibana. Ce mécanisme a été introduit dans les accords de l’UE avec les principaux pays latino-américains exportateurs de bananes et permet d’appliquer un droit de douane plus élevé lorsque les importations latino-américaines dans l’UE atteignent un certain seuil. Malheureusement, dans l’esprit des Européens, le mécanisme doit être utilisé uniquement en cas de choc sur les prix et non sur les parts de marché.

Or en 2016, plus de 70% des bananes consommées dans l'UE provenaient d’Amérique latine alors que la production des pays ACP ne représente déjà plus que 18% de la consommation européenne et celles des bananes européennes seulement 12%. Ceci est d’autant plus préoccupant que les bananes latino-américaines bénéficient de larges débouchés aux Etats-Unis et au Canada, tandis que le marché européen est l’unique débouché des bananes européennes et ACP ! L’accès au marché européen est donc une question de survie pour la banane des pays ACP et pour les nombreuses familles qui dépendent de cette culture.

L’abandon de ce mécanisme serait une porte ouverte à la possibilité d’un dumping massif par les producteurs latinos. La production sud-américaine pourrait submerger le marché européen sans grande difficulté, si l’on ne protégeait pas les productions des ACP et des pays européens. Aujourd’hui, même si le mécanisme n’est pas activé, il a une fonction de dissuasion capitale vis-à-vis des pays producteurs latinos.

C’est pourquoi l’Afruibana fait du maintien du mécanisme de stabilisation une priorité de ses revendications devant les institutions européennes. Et même au-delà, Afruibana défend l’idée que le mécanisme de stabilisation doit envisager non seulement les chocs sur les prix mais aussi les chocs sur les parts de marché des différents producteurs. Mais pour cela, l’Union européenne doit réformer le mécanisme et surtout ne plus hésiter à le mettre en œuvre.

14-Dec-2017

Répondre au défi migratoire par l’agriculture et le développement rural

La thématique des migrations est devenue l’un des sujets principaux abordés entre l’Afrique et l’Europe. Lors des discussions du sommet UA-UE qui s’est déroulé à Abidjan fin novembre, le drame libyen hantait tous les esprits. Chacun ayant son rôle coupable dans ce désastre humanitaire : l’Europe qui n’arrive pas à dépasser l’approche sécuritaire des migrations, et l’Afrique qui n’arrive pas à offrir à tous ses concitoyens des conditions de vies décentes.

Lors de la Conférence de haut-niveau sur l’Afrique au Parlement européen du 22 novembre, M. Owona Kono, président d’Afruibana et co-président de l’Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE, était invité à s’exprimer à la table-ronde traitant des migrations, de la jeunesse et du développement humain. Traiter de l’ensemble de ces thématiques en une table-ronde peut paraitre prétentieux, mais ces sujets sont intrinsèquement liés.

En effet, la FAO et le CIRAD estime dans une étude conjointe que près de 380 millions de jeunes africains, dont 220 millions en zones rurales, qui vont rentrer sur le marché du travail d’ici 2030. M. Kostas Stamoulis, sous-directeur général et responsable du département Développement économique et social à la FAO, résume bien les enjeux qui vont se poser à nous dans les prochaines années : « Le défi est de créer assez d’emplois pour absorber toute cette main d’œuvre. Ainsi, c’est pour toutes ces raisons que l’agriculture et le développement rural doivent faire partie intégrante de chaque intervention déployée pour faire face aux grands mouvements migratoires afin d'exploiter au mieux le potentiel des migrations, au profit du développement ».

C’est ce message qu’Afruibana porte aux dirigeants africains et européens. Le développement de l’agriculture est le meilleur moyen d’assurer une croissance inclusive et durable tout en offrant des opportunités professionnelles pour la jeunesse. Cela évitera un exode massif de nos concitoyens vers les grandes villes africaines dans des conditions précaires, ou pire, prendre les routes des passeurs vers les rives de la Méditerranée pour rejoindre l’Europe. Dans un continent qui compte 65% des terres arables disponibles dans le monde, pour une population encore à 50% rurale, c’est le meilleur moyen d’offrir aux populations une formation et un emploi leur permettant de gagner un revenu décent, et de se stabiliser.

Surtout, cette dynamique démographique que l’on présente souvent comme une bombe à retardement est ici fort utile. En effet, la main d’œuvre agricole en Afrique subsaharienne est vieillissante. Il est temps de procéder à une transmission du savoir-faire entre les différentes générations, les uns apportant leur expertise et les autres leur dynamisme et créativité. L’implication de la jeunesse dans l’agriculture est d’autant plus indispensable que c’est un secteur pleinement transformé par le numérique.

Regarder vers la Méditerranée ne sert à rien, c’est qu’il est déjà trop tard. Ces drames humains ne cesseront que lorsque nous agirons concrètement sur les causes des migrations. L’Afrique doit mettre en place une croissance inclusive et durable, permettant d’offrir à chacun un avenir professionnel dans son pays. Or le développement agricole est particulièrement pertinent pour lutter contre la pauvreté. Je le constate chaque jour dans la filière banane, qui fournit des milliers d’emplois au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Ghana et ailleurs. Dans les « territoires du fruit », les bananerais nourrissent tout un écosystème où elles constituent un pilier du développement local. C’est pourquoi je pense que l’Afrique et l’Europe ont tout intérêt à agir en faveur de l’agriculture africaine.

30-Nov-2017

Le rôle de l’agriculture africaine dans la lutte contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire

Si l’image d’une Afrique pauvre et affamée est trop souvent relayée de manière caricaturale dans les médias, la lutte contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire restent des enjeux d’actualité pour le continent.

Selon le Programme des nations unies pour le développement (PNUD), plus de la moitié de la population africaine est en situation de pauvreté multidimensionnelle et une personne sur quatre en Afrique subsaharienne est sous-alimentée. Incapable de nourrir ses citoyens, l’Afrique importait encore en 2016 des denrées alimentaires pour près de 30 milliards de dollars.

Et cette facture risque d’augmenter si l’Afrique n’augmente pas ses capacités de production agricole. Avec son incroyable croissance démographique, cette facture pourrait en effet passer à 110 milliards de dollars d’ici 2025 selon la Banque africaine de développement.

Afin que ce dividende démographique ne devienne pas une bombe à retardement, l’Afrique doit transformer son agriculture pour qu’elle devienne plus productive et durable et fournisse des emplois à des millions de jeunes en quête d’opportunités professionnelles.

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De nombreuses études ont démontré que l’agriculture avait des atouts particuliers pour lutter contre la pauvreté. La croissance économique due à l’agriculture est deux fois plus efficace à l’égard de la moitié des plus pauvres d’un pays que les autres secteurs. Surtout, c’est un secteur dont les emplois se concentrent en zones rurales, qui sont souvent les plus touchées par la pauvreté.

D’après une étude conjointe de la FAO et du CIRAD, c’est près de 320 millions de jeunes qui arriveront sur le marché du travail d’ici 2030, dont 280 millions en zones rurales. Développer une agriculture compétitive et durable permettra d’offrir à ces jeunes une formation et un emploi qui leur permettra de s’insérer sur le marché du travail, tout en permettant à l’Afrique de réduire sa dépendance à l’extérieur pour se nourrir.

Akinwuni Adesina, président de la Banque africaine de développement, déclarait récemment : « c’est l’Afrique qui devrait nourrir le monde, et pas l’inverse ! ». C’est en effet un impératif pour notre continent, non seulement pour nos économies, mais pour lutter contre la précarité et la malnutrition de nos concitoyens.

20-Nov-2017

L’agriculture africaine face aux changements climatiques

La COP23 qui s'est terminé vendredi dernier à Bonn, doit permettre de rappeler aux gouvernements et décideurs qu’il est primordial de lutter contre le réchauffement climatique et placer le monde sur la voie d’un développement plus durable et inclusif.

En effet, au cours du XXe siècle, la température a augmenté de 0,74°C, cette situation est très alarmante lorsque l’on constate que le taux de réchauffement mondial moyen pour les cinquante dernières années est pratiquement le double de celui des cent dernières.

De surcroît, le continent africain, qui a le moins contribué à cette situation, fait face à un réchauffement climatique 1,5 fois supérieur à la moyenne mondiale. Ce changement climatique engendre des situations néfastes pour le quotidien des habitant : aggravation des phénomènes climatiques extrêmes : sécheresses, inondations, fortes chaleurs, famine.

D’après l’indice mondial d’adaptation de l’université Notre-Dame (Indiana, États-Unis), huit des dix pays les plus vulnérables au changement climatique sont africains, situation contraignante lorsque l’on sait que le secteur agricole détermine le quotidien de centaines de millions d’habitants. Ces nouveaux cycles climatiques augmentent la probabilité de faibles récoltes et propagent diverses pénuries et maladies.

Le continent africain dépend du secteur agricole. Celui-ci emploie près de 65% de la population active, représentant environ 25% du PIB. Un réchauffement climatique d’environ deux degrés Celsius pourrait entrainer une réduction de 10% du rendement agricole total en Afrique subsaharienne d’ici 2050, selon le rapport de l’écart de l’adaptation en Afrique du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE). D’ici le milieu du siècle, la production des principales céréales en Afrique blé, maïs, sorgho et mil pourrait baisser de 17%, 5%, 15% et 10%.

Afin de répondre à ce défi, il est primordial que les gouvernements et les décideurs africains travaillent conjointement avec la société civile et les organisations non gouvernementales (ONG) pour mettre en place un modèle agricole africain durable et inclusif.

Des initiatives telle que la Plateforme Africaine pour les Contributions (Africa NDC Hub) lancé le 15 novembre durant la COP 23 et administrée par la BAD, comprenant 11 partenaires, illustre cette volonté d’apporter des solutions à l’échelle nationale à ce problème global.

Des initiatives existent déjà sur le continent, notamment en Zambie où 61% des agriculteurs veulent atténuer les effets du changement climatique à travers l’adaptation de leurs écosystèmes en utilisant des systèmes naturels et des méthodes de stockage d’eau. Au Ghana, des paysans ont incité des pollinisateurs sauvages à butiner leurs cultures de piments afin d’accroître leurs rendements et hâter leurs maturations. Autre exemple au Burkina Faso, où plusieurs agriculteurs ont développé des méthodes traditionnelles durables, comme la création de micro-bassins afin de revitaliser les sols grâce aux matières organiques.

Des registres de bonnes pratiques sont présents dans plusieurs pays africains, leur diffusion à grande échelle serait bénéfique pour tous les agriculteurs. De plus, l’accroissement de solutions alternatives et modernes promues par les startups doivent être encouragées. Au Niger, l’entrepreneur social Maman Abdou Kané a développé un système de télé-irrigation à distance qui a permis d’améliorer la gestion de l’eau et les conditions de vie des populations grâce à l’utilisation d’une application mobile.

Comme on a pu le constater, un grand nombre de solutions voient le jour sur le continent pour répondre à l’urgence climatique. C’est l’alliance des efforts sur le terrain et le soutien des gouvernements et des institutions internationales qui permettront de trouver des réponses concrètes au défi immense posé à l’Afrique

31-Oct-2017

« L’Afrique : un potentiel agricole inexploité ? »

En 2016, l’Afrique a importé pour près de 35 milliards de dollars de denrées alimentaires. Alors que le montant est déjà impressionnant, la FAO souligne que les tendances indiquent que la facture va continuer à augmenter. D’après ses projections, les importations en denrées alimentaires par l’Afrique subsaharienne devraient grimper de 11% en 2017, soit atteindre les alentours des 41 milliards de dollars. Un comble quand on connait le potentiel agricole de l’Afrique ! Comme le déclarait récemment dans une interview le président de la Banque africaine de développement, « C’est l’Afrique qui devrait nourrir le monde, pas l’inverse ».

En effet, le potentiel agricole de l’Afrique est immense. L’Afrique possède près de 600 millions d’hectares de terres cultivables non-exploitées, ce qui représente près de 60% des terres arables disponibles dans le monde. La croissance démographique galopante que connait actuellement le continent africain oblige les Etats africains à investir dans l’agriculture et à profiter de cette manne des terres disponibles pour développer la production locale. L’agriculture et l’agro-industrie sont des piliers sur lesquels l’Afrique doit s’appuyer pour atteindre l’autosuffisance alimentaire.


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Si le secteur agricole emploie près de 70% de la population active africaine et représente près de 25% du PIB, les rendements agricoles en Afrique restent inférieurs à ceux des autres régions en développement. La Banque africaine de développement met donc l’accent sur deux axes majeurs : l’amélioration de la productivité à travers une meilleure insertion des agriculteurs et des agro-industries dans des chaînes de valeurs, tout en mettant en place une agriculture durable pour répondre notamment au défi du changement climatique. D’autres axes d’amélioration sont également à investir, notamment celui la réduction des pertes agricoles post-récoltes, représentant jusqu’à 30% de la production totale.

Loin d’être accaparée par les multinationales de l’agro-industrie, l’Afrique reste un continent où les petits exploitants représentent la grande majorité des agriculteurs. Près de 80% des exploitations en Afrique occupent moins de deux hectares selon l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA). Le phénomène de « land-grabbing » est souvent amplifié à cause des immenses surfaces achetées par des multinationales ou des Etats. Ce phénomène n’est pas à sous-estimer, mais sa portée est à relativiser bien que qu’il entraîne parfois des tensions avec les populations locales. Tout l’enjeu est donc de créer des chaînes de valeurs permettant aux petits exploitants et aux entreprises de l’agro-industrie de créer un écosystème compétitif et durable, afin de poser les bases d’une croissance économique inclusive pour l’Afrique.

23-Oct-2017

Les agroentrepreneurs à l’honneur avec le World Food Prize 2017

Le président de la Banque africaine de développement, Akinwumi Adesina, était honoré vendredi dernier du « World Food Prize » 2017, sorte d’équivalent d’un prix Nobel de l’agriculture. Le président de la Fondation n’hésite pas d’ailleurs à le qualifier de « Norman Borlaug africain », du nom du fondateur de la Fondation à qui l’on attribue généralement la paternité de la « Révolution verte ».

La récompense du Dr Akinwumi Ayodeji Adesina est tout à fait naturelle à la vue de son engagement historique en faveur du développement de l’agriculture et de la lutte contre la malnutrition. Issu lui-même d’une famille d’agriculteurs, il est passé par la Fondation Rockefeller avant d’être nommé Vice-président des opérations pour l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA). Il a ensuite été ministre de l’agriculture du Nigéria de 2011 à 2015 avant de devenir président de la Banque africaine de développement (AfDB). L’ambassadeur Kenneth Quinn a ainsi salué son action décisive dans l’augmentation de la production alimentaire au Nigeria, dans la hausse des crédits disponibles pour les petits exploitants agricoles ou encore son leadership actif au niveau politique pour transformer l’agriculture en Afrique.

Le président de la Banque africaine de développement s’est par ailleurs engagé à consacrer les 250.000 dollars de récompense pour financer les jeunes agriculteurs et entrepreneurs agricoles afin de nourrir l’Afrique et le monde. Ces fameux « agripreneurs » sont en effet la clé de voute de l’agriculture africaine et d’une croissance durable. Comme le président Owona l’expliquait récemment dans une tribune, « les petits exploitants agricoles africains souffrent de voir leur métier perçu comme archaïque et voué à la sous-productivité ». Pourtant, « Ces agro-entrepreneurs connaissent toutes les contraintes et les défis des chefs d’entreprises ».

Nous ne pouvons que souhaiter que ce fonds qui va être mis en place pour les agriculteurs soit l’amorce d’un changement de perception de leur rôle dans la croissance africaine et que cette initiative en amènera beaucoup d’autres.

20-Oct-2017

M. Denis LOEILLET (Cirad) « L’UE a tout intérêt à continuer de soutenir la production des bananes ACP »

Denis Loeillet est responsable de l'Observatoire des marchés du Cirad-Persyst UR 26 et rédacteur en chef de la revue FruitTrop du Cirad. Il est un expert reconnu du marché de la banane et participe à ce titre à la rédaction du Cyclope, rapport annuel sur les marchés mondiaux de matières premières.

- Quelles sont les tendances sur le marché de la banane en 2017 ?

Les tendances sont très médiocres, voire très mauvaises. Comme disent les anglo-saxons, « it is a perfect storm ». La baisse des prix a d’abord été violente, avec une attente de près de 14 semaines en 2017 avant de retrouver des prix corrects. Le marché s’est ensuite bien comporté durant deux mois, avant de rechuter à des niveaux assez bas dès juin, et historiquement bas durant l’été et septembre. Depuis début octobre, on commence à percevoir une amélioration du marché, qui devrait tenir jusqu’à la fin de l’année.

- Quelles sont les origines de ces tendances ?

Tout cela était prévisible car les fondamentaux du marché indiquent depuis quelques temps déjà qu’une crise due à une offre abondante se profilait. Les prix étaient bons depuis une dizaine d’années, ce qui a entrainé logiquement une hausse des investissements et à la fois de la productivité. Ce cycle des matières premières a depuis 10 ans au moins été régulé par les aléas climatiques (cyclones, sécheresses, tornades, etc.). Mais en 2016, l’offre n’a pas été amputée, ou pas assez, et nous sommes donc en situation de sur-offre sur le marché. Sans dégâts climatiques dans les zones de plantations bananières, tout le potentiel de production s’est exprimé et a embouteillé les ports européens

Malgré les dégâts majeurs en Guadeloupe et Martinique en septembre 2017 (-70% de production comparée à ces dernières années début octobre 2017), on n’a vu aucun effet inflationniste sur les prix stade importation. Il a fallu attendre les inondations monstres en République Dominicaine et la fin des cycles des grands pics de production (au Costa Rica et en Colombie notamment) pour voir le prix du carton prendre entre 1 et 1,50€. Malgré tout, cela sera-t-il suffisant pour enclencher un mouvement haussier ? A court terme sans doute, mais il y a une véritable résilience à la baisse.

Ce n’est pas du tout une crise de sous-consommation, les Européens et Américains ont consommé plus de bananes que les précédentes années. On a une dynamique de consommation en Europe très favorable, avec une augmentation de 4 à 7% annuel depuis plusieurs années. Sur les 40 premières semaines de l’année, si on compare cela à l’année précédente, l’importation est en hausse de 7%. Joli score pour un produit de très grande consommation.

- Quelles perspectives voyez-vous pour la production africaine ?

D’ici cinq ans, on peut s’attendre à une offre africaine à un million de tonnes. En termes de volumes, les perspectives sont bonnes car il y a de nombreux projets d’extension de plantations existantes mais aussi des projets de nouvelles productions, notamment en Côte d’Ivoire et au Ghana, un peu moins au Cameroun.

À l’exportation, cela se traduit très concrètement sur le marché européen par une hausse des importations en provenance du continent africain. Si l’on regarde les données d’Eurostat clôturé à 8 mois fin août 2017, la Côte d’Ivoire frôle déjà les 200 000 tonnes à l’exportation vers l’Europe (un record !), tandis que le Ghana a exporté environ 44 000 tonnes, contre 34 000 tonnes un an auparavant. L’année dernière, la Côte d’Ivoire avait déjà exporté vers l’Union européenne 308 000 tonnes de bananes.

Si le potentiel de l’offre a augmenté, il y a aussi une demande preneuse. Depuis 2012, près de 660 000 tonnes de bananes en plus ont été importées sur le marché européen. C’est comme si un marché et demi de la taille du marché français s’était ajouté dans l’Union européenne. La dynamique du côté de la consommation a permis d’absorber cet excès de l’offre mais c’est traduit en 2017 par une baisse très sensible des prix.

- Quel rôle peut jouer l'Union Européenne pour accompagner le développement de la banane en Afrique ?

Depuis la mise en place du marché unique de la banane, l’Union européenne a toujours accompagné et soutenu les productions des pays ACP.

Cela se traduisait essentiellement à travers deux politiques. Tout d’abord, un accès différencié sur le marché européen, avec des accès privilégiés en termes de quota et de droits de douane. Ensuite, un système d’appui au développement (programme ATF ou encore MAB) du secteur bananier visant à renforcer la compétitivité des filières et leur diversification.

Ces deux piliers se sont progressivement effrités. Concernant le premier pilier, on rentre dans la période de négociation du droit de douane de 75€ la tonne dont les concurrents latino-américains voudraient la réduction voire la suppression mais qui reste le dernier instrument de régulation des marchés bananiers européens. Sur le pilier apui au développement, le programme MAB (Mesures d’accompagnement de la banane) se termine, sans que la Commission européenne n’ait pour l’instant tracé les lignes d’un nouveau plan d’appui.

Pour différentes raisons, l’UE a tout intérêt à continuer de soutenir la production des bananes ACP. Cela permet tout d’abord de maintenir une réelle diversité des origines sur le marché européen, au risque de se retrouver rapidement avec uniquement quatre origines de bananes. Ensuite les décideurs européens ne doivent pas oublier l’importance du développement des zones rurales africaines, où la banane occupe finalement peu de terres pour une intensité de main d’œuvre assez forte. C’est un secteur qui requiert une main d’œuvre formée et de qualité, atout supplémentaire pour les zones rurales en quête de développement. L’agriculture en Afrique est un secteur d’autant plus intéressant que le continent prend résolument le tournant de l’agroécologie.

Mais je dirais même qu’il y a une éthique que l’Europe doit respecter. Les pays africains signent depuis longtemps des accords de coopération avec l’Europe. Il y a une obligation morale de continuer à appuyer et soutenir la filière banane en Afrique, d’autant plus que les destins des deux continents sont liés. Ce détricotage des accords entre les pays africains et l’UE qui se déroule depuis une quinzaine d’années n’a pas de sens ni historique ni économique.

- Les RUP (régions ultrapériphériques) et les producteurs africains n'ont-ils pas intérêt à s'allier face aux géants sud-américains ?

Ce sont des alliés objectifs. En termes de défense politique, ils sont en « coopétition » - Compétiteurs sur les mêmes marchés mais alliés objectifs pour défendre leur position de fournisseurs privilégiés du marché européen. Bien que les producteurs des RUP et des pays ACP soient en compétition sur les marchés, ils ont tout intérêts à coopérer sur les droits de douane et la clause de sauvegarde. D’autant plus que ces régions partagent une même vision d’une certaine agriculture, de certaines origines.

29-Sep-2017

Des initiatives soutiennent le bio en Afrique

La demande mondiale de produits bio est en train d’exploser dans le monde. Voilà une opportunité que l’Afrique ne doit pas manquer ! Mais aujourd’hui l’Afrique est souvent considérée comme le « parent pauvre » de l’agriculture biologique. En effet, si l’Union européenne est le champion du bio avec 5,7% de ses superficies agricoles consacrées au bio, l’Afrique n’y consacre que 0,1%. Toutefois l’Afrique s’est attelée à rattraper son retard en s’investissant de plus en plus dans l’agriculture biologique depuis le début des années 2000.

Par exemple, l’Ouganda est en pointe dans le domaine du bio sur le continent africain. Le Mouvement national d’agriculture biologique d’Ouganda (Nogamu) compte ainsi plus de 189 000 agriculteurs certifiés et constate une hausse de ses ventes au niveau local, alors que ces produits sont généralement destinés à l’exportation.

Surtout, le développement du bio est une opportunité pour mettre en valeur des techniques ancestrales et des cultures locales. Ainsi au Congo, la « vague verte » remet au goût du jour l’usage traditionnel des légumineuses de couverture (comme le mucuna ou le pois d'angol). Elles permettent aux petits cultivateurs en zones rurales d’amender les sols, désherber, éloigner ou éliminer les insectes avec des méthodes naturelles. Les maraichers congolais sont également impliqués avec des formations sur des formules bio à adopter, notamment via le projet PAM-TAC-B (Projet d'appui au maraîchage, à la transformation agro-alimentaire et à la commercialisation des produits transformés à Brazzaville).

Afin de donner la prime au naturel d’origine local, le projet Knomana (Knowledge management on pesticides plants in Africa) vise à recenser les plantes naturellement pesticides d’ores et déjà utilisées en Afrique. Onze pays sont aujourd’hui concernés par ce projet : le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Gabon, Madagascar, le Mali, le Niger, la République Démocratique du Congo, le Sénégal et le Togo. L’objectif est ainsi de construire une base de données disponible pour les agriculteurs, les ONG, les chercheurs et ainsi permettre l’intensification d’une agriculture durable en Afrique.