La révolution verte 2.0, une chance pour l’Afrique ?

12-Jun-2018
L’Afrique dépense chaque année 35 milliards de dollars en importations de denrées alimentaires. Ce chiffre devrait augmenter jusqu’à 110 milliards en 2025. Et pourtant, l’Afrique possède 65% des terres arables disponibles du monde. Il existe là un paradoxe dont souffrent les économies du continent, dépendantes de l’extérieur alors qu’elles ont le potentiel de nourrir le monde et d’être auto-suffisantes. S’il y a déficit, il ne se trouve pas du côté des ressources, mais de leur mobilisation effective.
Et si la clé de ce paradoxe se trouvait dans la modernisation des techniques agricoles connues sous le nom de révolution verte 2.0 ? Si la première révolution verte concernait la mécanisation, les engrais et la sélection de variétés adaptées à la production extensive, la nouvelle révolution en cours profite des avancées du numérique et de la génomique moderne pour allier productivité, durabilité, et qualité nutritive.
Pour comprendre pleinement les possibilités offertes par cet ensemble de techniques, il faut envisager cette révolution verte dans son sens le plus large. Le génie génétique est une piste permettant de produire des semences résistantes à la sécheresse, aux inondations, aux parasites. Il permet également de créer des semences plus riches en nutriments pour les populations souffrant de récoltes peu abondantes. Mais d’autres techniques ont plutôt pour enjeu d’organiser l’agriculture d’une manière durable, laissant de côté les aspects de génie génétique au profit de dispositifs de régulation de l’irrigation, du remplacement des insecticides, de gestion des rendements par le numérique.
Le volet génétique de la révolution verte 2.0 fait l’objet de controverses, concernant notamment les buts finaux et l’encadrement des dérives possibles – privatisation du vivant, semences stériles, toxicité éventuelle de certains OGM. Certaines associations et ONG vont jusqu’à remettre en question la pertinence des révolutions vertes, arguant que celle mise en œuvre en Inde dans les années 60 a eu principalement des effets pervers de spécialisation et de baisse de qualité des monocultures. Toutefois, cette modernisation de l’agriculture a permis de faire face à une démographie exponentielle, enjeu crucial de notre époque, particulièrement pour le continent africain. Aujourd’hui, c’est également celui de la qualité qui prime, et les techniques disponibles permettent par exemple de créer des semences produisant des vitamines pour les populations carencées, résistant à des parasites dévastant habituellement les cultures, survivant à des conditions climatiques extrêmes et que le changement climatique va multiplier dans l’avenir.
Les techniques d’organisation basées sur les outils numériques représentent, quant à elles, un champ encore plus vaste d’applications. Elles concernent aussi bien la gestion des intrants, que la location partagée de matériel agricole, d’anticipation des risques, d’optimisation des rendements, de gestion de la consommation énergétique, si importants pour fonder une agriculture durable.
Tous ces outils dessinent une agriculture alliant rendements et qualité, intensivité et durabilité. En Afrique, les effets bénéfiques attendus sont à la mesure de la demande massive d’un continent destiné à jouer un rôle croissant dans l’agriculture mondiale. Pour en développer les possibilités, le secteur privé jouera un rôle clé pour les investissements et la mise en œuvre de l’ensemble de ces nouveaux dispositifs destinés à assurer la sécurité alimentaire et bâtir des agricultures exportatrices diversifiées et performantes.