Pourquoi mécaniser l'agriculture africaine est un impératif

29-Oct-2018

Dans son dernier rapport (« Mechanized – Transforming Africa-‘s Agriculture Value Chains »), le Panel Malabo Montpellier se penche sur la nécessité de mécaniser l’agriculture africaine, vue comme un moyen d’augmenter la productivité du secteur et de rendre l’emploi agricole plus attrayant. Composé d’experts de l’agriculture et de la sécurité alimentaire venant d’Afrique, d’Asie et d’Europe, les membres du panel formulent des propositions de politiques publiques en faveur de la sécurité alimentaire et d’une meilleure nutrition en Afrique.

À ce jour, le système agricole africain reste le moins mécanisé du monde. Selon le rapport, « les agriculteurs africains disposent de dix fois moins d’outils mécanisés par exploitation que les agriculteurs d’autres régions en développement ». L’Afrique représente également 36% des pertes et gaspillages alimentaires dans le monde, soit la part la plus importante au niveau mondial. L’absence de structures de stockage appropriées, notamment avec des systèmes de refroidissement, demeure un problème majeur pour la conservation des denrées alimentaires.

Les experts du Panel Malabo Montpellier ont donc choisi d’étudier sept pays - l'Éthiopie, le Mali, le Malawi, le Maroc, le Rwanda, la Tanzanie et la Zambie - où des politiques publiques et des institutions ont été mis en place pour soutenir la mécanisation de l’agriculture. Par exemple, l’Institut national de la recherche agronomique au Maroc a créé un département dédié à l’agronomie et aux machines agricoles tandis que la Tanzanie avait inauguré dès 1981 le Centre pour la mécanisation agricole et la technologie rurale (CAMARTEC). Le Mali s’appuie sur une stratégie nationale pour la mécanisation agricole pour orienter ses politiques publiques, pendant qu’en Éthiopie, les partenariats publics-privés (PPP) permettent au secteur privé de s’impliquer également dans la course à la mécanisation.

Le Panel Malabo Montpellier formule donc sept recommandations à l’issue de ce rapport, allant du développement d’une industrie africaine de machines agricoles à travers des PPP à l’inclusion des stratégies nationales d’investissement en matière de mécanisation agricole dans les plans nationaux de développement agricole, en passant par la priorisation de la mécanisation sur l’ensemble de la chaîne de valeur agricole. Sur ce dernier point, les experts sont clairs : la mécanisation doit être présente tout le long de la chaîne de valeur pour gagner en productivité.

Surtout, alors que la main d’œuvre agricole africaine est vieillissante, la mécanisation de l’agriculture peut la rendre plus lucrative et souligner le côté technologique du secteur, la rendant plus attractif auprès des jeunes. De plus en plus de startups émergent par ailleurs dans l’agriculture – ce qu’on appelle l’agritech – illustrant cette nouvelle dynamique technologique d’un secteur agricole encore trop souvent dépeint comme archaïque.